Conseil municipal du 28 janvier 2016
Intervention
Alain Dreyfus Schmitt
Monsieur le maire, la manie de vouloir
débaptiser les rues de Belfort vous reprend. Sous couvert de riverains qui,
soit-disant, ne supporteraient plus d’habiter « via des Morts »,
cette dénomination renvoyant à une réalité insupportable mais malheureusement
qui nous concerne tous, vous nous demandez ce soir de changer le nom de cette
rue. Mon petit doigt me dit que la réalisation prochaine d’un lotissement avec
maisons, parait-il, de grand standing le long de cette « via des Morts »
n’est pas étrangère à cette proposition. Sans doute que les fantômes des morts
pourraient faire fuir les éventuels nouveaux propriétaires du lotissement.
Pour vous rassurez, cette aversion
n’est pas nouvelle puisqu’un sieur Léon Dupont, dont la propriété était
riveraine sur toute la longueur de la via des Morts, faisait la même demande
auprès de la ville le … 2 octobre … 1941. Il précisait que « cette appellation lui semblait bien mortuaire et qu’il espérait
que la ville veuille bien accueillir favorablement sa demande ».
Un peu plus tard en …1957, un secrétaire
général adjoint se fendait d’une note pour mettre en avant qu’il y avait une
deuxième « via des Morts » et que l’actuelle ne serait peut être pas
aussi légitime que cela. Il concluait sur le fait que l’appellation de via des
Morts n’étant pas très goutée des riverains … vivants, il proposait de
l’appeler « via du Pré Morey ». Fort heureusement les maires de
l’époque ont su résister à ces folles tentations.
Je
crois qu’il vaut mieux revenir à des considérations de bon sens et éclairées
par la connaissance d’historiens locaux comme André Larger, grand connaisseur
de l’histoire de Belfort. Dans une interview parue dans l’Est en début de
semaine, il indique avec force que pour lui l’idée de modifier le nom de cette
rue historique pour convenance personnelle est « une aberration ».
Dans cet article il précise que « cette appellation nous rattache à notre
passé. « via des Morts » est le plus ancien tracé de circulation du
secteur. Il menait à l’église de Brasse. Un autre allait vers Offemont : la rue
du Barcot. À l’époque, Belfort n’existait pas. Les villages d’Offemont, Valdoie
et Cravanche, composés de petits habitats, étaient réunis dans la paroisse de
Brasse. On y était baptisé, on s’y mariait, on y était enterré. Il faut
imaginer le cortège, venant de Cravanche, pour les funérailles : des hommes tenant
le brancard à bout de bras, le mort posé dessus. Une longue marche d’un
kilomètre. On prenait son temps. Jusqu’à la Révolution, les noms de rue étaient
désignés par l’usage. Via des Morts n’a rien de morbide ». Il conclut
en indiquant que
« Cette appellation est notre histoire. Notre mémoire. »
Je précise que la première mention du
nom de cette rue sur les plans de Belfort remonte aux années 30, donc il y a
plus de 80 ans !
Monsieur le maire, nous vous demandons
de suivre le conseil éclairé de monsieur Larger et de ne pas vous laisser influencer
comme vous avez su résister à la proposition d’un ancien directeur adjoint de
cabinet qui vous suggérait lors d’une réunion publique de changer le nom de la rue
des Boucheries qui jouxte la Mairie car cette appellation était quelque peu
stigmatisante voire traumatisante pour les locataires de la rue des Boucheries !

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